vendredi 22 janvier 2010

Vieux quartier ouïghour - Kashgar

Irréductible morceau du passé qui résiste encore à l'assaut des pelleteuses, le vieux quartier ouïghour de Kashgar attend patiemment sa fin. Frôlée par des rocades bourdonnantes d'automobiles, rongée par d'affreux immeubles neufs, cette partie de la cité n'est plus que l'ombre des récits des voyageurs du début du siècle. Depuis le lac de l'Est, on peut voir une butte de latérite à vif, c'est la colline sur laquelle est posée ce quartier qu'on entame chaque jour un peu plus pour de nouvelles constructions.
Aujourd'hui, la population a été invitée à se déplacer dans les périphéries où il subsiste une ambiance de village agréable et bon enfant... Ici, l'âme est déjà partie et la tradition se maintient comme elle peut, se sachant déjà condamnée. Alors, malgré les soi-disant mouvements de préservation du patrimoine local et de conservation de l'héritage culturel, il n'est plus donné à voir qu'un quartier fantôme, triste cimetière d'une autre époque... C'est ce qui arrive quand on veut canaliser et maîtriser un peuple, contraint à choisir la voie officielle du progrès.

Ouïghour

mercredi 20 janvier 2010

Arrivée à Kashgar (Kachgar, Kashi, Qesqer...)

Pour les commerçants de la Route de la soie, Kashgar était une étape importante: la première véritable halte en Chine (ou en protectorat chinois...) en venant de l'Occident. Point de passage et de ravitaillement, c'était un verrou incontournable dans la région, entre les hautes montagnes à l'Ouest et le désert du Taklamakan à l'Est. C'est encore vrai aujourd'hui.
La ville porte encore dans les appellations qu'on lui donne, les multiples influences de son histoire... même l'origine métissée du nom: "Qash" signifie "jade" en ouighour et "Ghar", "cave" en arabo-persan. C'est aussi un point d'ancrage essentiel de l'Islam. Après la déroute des Arabes contre les Chinois en 751 à Talas, c'est par cette ville que les idées passaient avec les produits...
Inutile de revenir sur l'aspect de la cité aujourd'hui; Kashgar n'a pas échappé à la règle du nivellement urbain à la chinoise. Grandes avenues, immeubles froids... et troupeaux de chèvres en vadrouille car, quoi qu'on veuille montrer, l'économie pastorale traditionnelle reste essentielle dans les alentours!

lundi 18 janvier 2010

Train Turpan-Kashgar

21h de trajet dans un train poussif mais efficace; univers de bakélite et de vieux plastique froid, décoré de rideaux en crépon rose et de sols en linoléum vert pâle... Les compartiments ne ferment pas et donnent sur des couloirs bruyants, alimentés par les odeurs de nourriture froide, de toilettes saturées et de tabac, le tout bien souvent mélangé. L'uniforme des femmes d'entretien, rapidement débordées, n'est pas sans rappeler celui blanc et bleu des infirmières anglaises pendant la Seconde guerre mondiale... Les wagons étant parcourus par des militaires, des contrôleurs et autres fonctionnaires en tenues d'officiers et épaulettes garnies, il y a comme une ambiance années 40-50!

D'aucuns diront que, 21 heures, cela laisse du temps pour refaire le monde... Là, c'est le monde qui se refait devant nous. Très vite, le train s'éloigne de toute trace de civilisation et le spectacle donné est à couper le souffle. Les processus géologiques s'accélèrent et des millions d'années défilent; les montagnes se forment et se déforment, les vallées se creusent et se remplissent, sur le rythme saccadé du train... Instants volés au Temps, quelques clichés fugitifs attestent bien mal de l'ampleur.

La nuit tombe alors que nous croisons une scène bien étrange. Devant les rails, le train croise un militaire au garde à vous... au milieu de nulle part; fruit de l'imagination sans doute. Une minute plus tard: même scène surréaliste d'un planton casqué, arme sur l'épaule devant une guérite minuscule. Ainsi, pendant une quinzaine de minutes au crépuscule, à intervalle régulier, nous avons croisé ces militaires qui gardaient le désert et quelques montagnes un peu plus loin... et sûrement autre chose.

Un livre plus tard (l'errance de "L'alchimiste" de Paulo Coelho était parfaite à lire d'une traite dans ce contexte de traversée du désert), le jour se lève sur ces paysages de l'origine du monde, et quelques heures plus tard, enfin, nous arrivons à Kashgar!

samedi 16 janvier 2010

La vallée d'Eden - Jiahoe

Jiahoe signifie la "rencontre des rivières" car le site est en réalité une île enchâssée entre deux vallées verdoyantes, au milieu d'un désert d'une blancheur poudreuse. On ne distingue ces deux trésors de fertilité qu'à condition de s'en approcher assez près. Les deux failles sont bien encaissées et la césure est brutale, révélant un tout autre univers. De quoi se remémorer de palpitants romans d'aventures dont l'après-guerre était si friand... des histoires de civilisations oubliées qui continuent à vivre hors du temps, hors du monde moderne. La vallée infernale, la vallée oubliée, la vallée d'éden, la vallée de la Création...

vendredi 15 janvier 2010

La cité perdue de Jiahoe


La cité de Jiahoe est sûrement la mieux conservée de la région. Celle qui devait être autrefois une grosse bourgade, vivante et active, n'est plus que rues désertes et vestiges désolés; cité de silence et solitude. Jiahoe est pourtant de ces sites historiques au fort pouvoir évocateur. On devine... ici ce qui devait être une artère commerçante et là un quartier résidentiel. On imagine... sur la grande place, les bruits d'une activité marchande; sur les remparts, les soldats de la garnison Han qui veillent.

jeudi 14 janvier 2010

Bezklik et ses grottes au mille Bouddhas

Dans un ravin des montagnes enflammées, sur le même principe qu'à Tuyuk, moines et dévots bouddhistes ont peints des centaines de fresques dans de petites grottes. Ces témoignages du IXe siècle sont de précieux exemples de l'art greco-bouddhiste, qui montre les influences de l'art grec, mais aussi perse, sur la religion bouddhiste...
Comme à Tuyuk, les fresques ont presque toutes disparu, selon des méthodes et des motivations différentes... Vers le XVe ou XVIe siècle, les iconoclastes musulmans ont défiguré les représentations humaines, parfois en trouant simplement les yeux. Au début du XXe siècle, les archéologues allemands ont découpé avec application de larges pans de murs qui, pour la plupart, ont brûlé dans les bombardements de Berlin de 1943 à 1945...
Enfin, les coups de pioches et le vandalisme généralisé sont le fait de la Révolution culturelle. A partir de 1966, Mao revient au pouvoir en s'appuyant sur la jeunesse fanatisée que sont les gardes rouges; il lance une vaste opération politique visant à "détruire les quatre vieilleries" (vieilles idées, coutumes, habitudes et cultures). Intellectuels, monuments religieux et bibliothèques anciennes ont difficilement survécu à cette période, même dans les confins du pays.

mercredi 13 janvier 2010

Les montagnes enflammées - 3

Les montagnes enflammées (traduction littérale de leur nom chinois) rougeoient différemment selon les heures de la journée... Elles ont servi de décor à de nombreux films, notamment le "Tigre et Dragon" de Ang Lee.
Dire que ces paysages sont à couper le souffle est encore un euphémisme. La Terre, dans ses tourmentes géologiques les plus naturelles, offre un voyage hors du Temps...