
Pourquoi mettre en avant cette ruine qui n'a, visuellement, que peu d'intérêts? Parce qu'elle a hébergé les membres d'une curieuse expédition française à la fin du
XVIIe siècle, et cette histoire mérite qu'on s'y arrête un peu. A cette époque, le roi
Naraï (1632-1688) gouverne en maître sur le royaume de
Siam. Sa capitale est
Ayuttaya mais il préfère le climat de
Lopburi où il passe le plus clair de son temps, après y avoir édifié son palais.
Hollandais et Anglais sont déjà installés dans la région, dans de petits comptoirs de commerce, et représentent une menace potentielle... Pour faire contrepoids, le roi de
Siam ouvre ses portes à l'influence française, représentée par les missionnaires. Louis
XIV l'en remercie et
Naraï décide d'envoyer une ambassade à Paris, à bord d'un navire de la compagnie des
Indes. Le navire sombre au large de
Madagascar, il n'y a aucun rescapé. La nouvelle du naufrage ne parvient à
Lopburi que deux ans plus tard.
La deuxième tentative, en 1684, est un succès et provoque une vive émotion à la Cour de France. Le seul à pouvoir traduire les propos de la délégation est le Père
Vachet, un missionnaire. Il semble qu'il ait prêté aux Siamois des propos allant au-delà de leurs idées... et promet une conversion de
Naraï et de son peuple. Le très chrétien Louis
XIV, enthousiasmé, arme deux navires et dépêche une poignée de
gentilshommes et de missionnaires auprès de "son très cher et bon ami le Roi de
Siam".
Pendant ce temps, dans le lointain Orient, la situation politique change.
Naraï décline et c'est son premier ministre qui contrôle véritablement le pays. Et quel personnage!
Constantin Phaulkon est un aventurier grec au destin hors du commun. Nommé
Geraki (faucon en grec), il change son nom en
Phaulkon lorsqu'il est au service de la compagnie des
Indes à
Londres. Il est connu pour ses capacités à apprendre les langues (il en maîtrise au moins six pour sûr) et son esprit quelque peu mystificateur. Arrivé à la Cour du
Siam en 1675, il gravit très rapidement l'échelle sociale et devient favori et premier conseiller du Roi. Une position qui lui attire évidemment de nombreux ennemis, qu'il écarte par des moyens expéditifs. Dans les années 1680, sachant son destin lié à celui de
Naraï, il pense que la présence française peut l'aider à sauver sa tête à la mort du souverain.
A l'arrivée de la délégation française, en 1685, il couvre de cadeaux les nobles et les missionnaires, leur fait miroiter la conversion de
Naraï et ne tarit pas d'éloges sur son pays d'adoption... pour mieux intéresser les Français à s'investir dans cette coûteuse relation. Le projet semble trop ambitieux aux représentants de Louis
XIV qui déclinent l'offre, et se contentent d'échanges de traités et de sympathiques intentions.
Phaulkon trouve en revanche une oreille attentive chez le jésuite
Tachard; les deux hommes mettent alors en place une véritable diplomatie parallèle. C'est le début d'une nouvelle histoire, moins glorieuse, où un corps expéditionnaire français de 600 hommes met le feu aux poudres siamoises. Les nobles locaux ne supportant plus les ingérences et les manipulations du ministre Grec,
déstituent Naraï, renvoient les Français chez eux et
exéctutent Phaulkon...
Une référence incontournable pour en savoir plus:
http://www.memoires-de-siam.comEt une lecture:
Journal du voyage de Siam, par l'abbé de
Choisy, 1687, réédité aux éditions
Olizanne en 2006.