jeudi 11 septembre 2008

L'air d'un Khlong

Khlong est un terme générique pour un cours d'eau. A Bangkok, il s'agit tout particulièrement des canaux qui quadrillaient autrefois toute la ville et qui ont aujourd'hui presque tous disparu. C'était d'importantes artères de la capitale, pour le commerce (marchés flottants), pour l'hygiène (égouts) et le transport... Cette dernière activité subsiste à quelques endroits et il est toujours possible de filer entre les rives de quartiers populaires et typiques, pour une poignée de baths. A deux pas des grands centres commerciaux et des routes embouteillées, l'eau clapote et s'agite au passage des longues embarcations. Les habitués sautent rapidement dans le bateau et un commis coiffé d'un casque de chantier circule sur le bord pour encaisser la course. Les gerbes d'eau jaillissent, un employé de bureau se précipite sur la sangle pour tirer la bache... Direction le prochain embarcadère à toute vitesse.

lundi 8 septembre 2008

Le démon des rizières

Prendre une moto et partir au milieu de nulle part sous prétexte de découvrir un obscur temple repéré sur la carte. Et planer sur l'étendue des rizières, sur ces verts multiples et dégradés; survoler des heures durant l'Asie du Sud-Est dans ce qu'elle a de plus caractéristique et pur, son océan nourricier, rectiligne dans ses formes et varié à l'infini dans ses couleurs. Là, le vent pousse les vagues dans une nuance de céladon et un doux frémissement; là encore, la terre à nue lissée d'eau adresse un clin d'œil au soleil. Soudain, le protecteur halluciné et kitch d'un temple ouvre grand sa gueule sur le paysage. Sur cette vision incongrue, la route reprend sur sa langue de terre...

Fleur d'évasion

Le lotus est chargé de symboles en Thaïlande comme partout ailleurs en Asie du Sud-Est. Les légendes sont nombreuses à mettre en scène cette plante aquatique aux couleurs vives. Est-ce un hasard si le nom de cette espèce est "lotus sacré"? Qu'un oiseau soit venu y laisser une partie de son plumage pourrait donner lieu à de nouvelles divagations poétiques.

Jasmin de Siam

Une nouvelle série commence, plus courte cette fois, sur les routes de Thaïlande à la rencontre du royaume de Siam. De Bangkok à Lopburi, souvenirs d'une petite expédition au pays du sourire.

jeudi 28 août 2008

Sayonara...

Il est temps de tourner la page sur le périple nippon... A bientôt pour de nouvelles aventures!

Tonari no Totoro!

Les mangas ne sont pas seulement l'affaire des enfants. Il en va de même pour l'anime, le dessin animé japonais. C'est un art qui possède ses lettres de noblesse et qui ne connait pas la condescendance des adultes, comme ce peut être le cas en Occident. Au Japon, certaines de ces réalisations dessinées battent des records d'affluence. Au moment où Titanic explosait dans les box office du monde entier, l'excellent Princesse Mononoké coulait de bien loin le géant américain sur l'archipel nippon...
Ce film est l'œuvre des studios Ghibli, sûrement pas les plus productifs au Japon mais de loin les plus talentueux. Fondateur de cette entreprise à dessiner du rêve, Hayao Miyazaki est un créateur brillant, un poète écolo à la conscience aussi aiguisée que ses crayons. On lui doit les films les plus connus de Ghibli tels Le chateau dans le ciel, Kiki la petite sorcière, Porco Rosso, Le voyage de Chihiro ou Le Chateau ambulant. Il est aussi le réalisateur, en 1988, du film qui révèle l'esprit et les performances formelles du studio: Mon voisin Totoro, une fable bucolique et enfantine qui distille avec bonheur l'amour de la nature. L'esprit de la forêt, héros du film, est devenu une véritable icone pour les enfants japonais (pour en savoir plus).
Il serait justice de parler également de Isao Takahata dont le Tombeau des lucioles, émouvant périple de deux enfants pendant la Seconde guerre mondiale, n'est en revanche pas à mettre entre les mains des plus jeunes. Sa chronique sociale Mes voisins les Yamada est une amusante introduction à la vie quotidienne des Japonais.
En 23 ans d'existence, Ghibli a fait preuve d'une grande diversité de style et d'une étonnante richesse dans les thèmes abordés. Les oeuvres de ces studios sont des références solides et même des sources d'inspiration voire de plagiat. Le château dans le ciel a été pillé de manière éhontée par les studios Disney, en le vidant au passage de sa substance, pour livrer le médiocre Atlantis.
Tout l'univers de Ghibli est dans un petit musée en périphérie de Tokyo, à Mitaka; c'est un village avalé dans le tentaculaire tissu urbain de la capitale. Le choix de ce lieu n'est pas anodin, car le musée a pu s'installer dans un parc et, surtout, parce que la municipalité est à la pointe en matière d'environnement et de politique écologique. Ce n'est donc pas un hasard si Miyazaki a dessiné le nouveau blason de la ville...
Pour en savoir plus sur les studios Ghibli: ici ou là.

mercredi 20 août 2008

Tsukiji 3

Drôle de brancardier pour un imposant morceau de thon rouge... On prend soin de cet animal vedette, star des sushis et sashimis, et dont la chair est fondante et délicieuse. Disons plutôt qu'à Tsukiji, on prend grand soin de conduire chaque jour d'innombrables spécimens de cet excellent poisson jusque dans les assiettes des Japonais. Pour ce qui est de prendre soin de l'espèce, c'est une autre histoire. Le thon rouge est un animal relativement mystérieux dont la survie est aujourd'hui menacée. Sa surpêche a récemment été l'occasion de débats épicés entre l'Union Européenne et les pêcheurs de Méditerranée; le Japon en est le principal consommateur et, comme en Europe, trop peu de procédures sont enclenchées pour freiner les abus. Aucune prise de conscience ne vient troubler la spéculation. Aucune loi ne permet d'imposer la durabilité de cette manne en lieu et place d'un profit immédiat basé sur la quantité. Un excellent reportage a été réalisé par les les équipes de Thalassa à ce sujet: "Main basse sur l'océan". Consternant en de nombreux points, l'exemple du thon rouge est révélateur et symbole de bien d'autres cas...

Négociations, discussions, échange d'argent et mouvements de palettes... Jusqu'à 11h, le rythme est effréné. Les couteaux s'échangent avec les téléphones portables et la fin d'une conversation signifie souvent le début d'un nouveau concert de lames.
Tsukiji a deux visages. Un paysage sanguinolent d'étals qui ruissellent sous des tonnes de poissons, fruits d'une pêche souvent abusive et presque incontrôlée. C'est aussi un lieu de vie incroyable pour qui sait l'importance du poisson dans l'alimentation des Japonnais.

Tsukiji 2


Nous l'avions déjà évoqué, les chefs cuisiniers qui préparent les sushis sont considérés comme les descendants spirituels des castes de samouraïs de par leur maîtrise des lames. Il en va de même pour ces poissonniers experts dans les savantes découpes des fruits de la pêche. Les outils sont précieux, propres à chaque artisan, et conservés sous clé; leur manipulation est complexe et l'on comprend, dans les regards et dans la précision efficace des gestes, qu'il s'agit d'un art plus que de simples mouvements mécaniques. La valse des couteaux, des scies et des sabres de Tsukiji, c'est aussi beau à contempler que des mouvements de Tai-Chi!