lundi 8 octobre 2007

Marseille

Un peu avant 6h du matin. La grande et fameuse volée de marches de la gare Saint-Charles est déserte. Marseille se réveille dans la douceur estivale, nappée d'une chaude couleur orangée.

Vacances ferroviaires

La littérature est abondante sur les salles des pas perdus, les "au revoir" déchirants sur les quais et les retrouvailles bouleversantes un peu plus loin. Les huis-clos à suspens dans les compartiments et les mauvaises rencontres entre deux wagons donnent lieu à des scènes de films innombrables. La gare et le train sont des lieux qui travaillent l'imaginaire car l'idée de déplacement n'est jamais anodine... Les mélanges sont improbables et, pourtant, des populations bigarrées partagent silencieusement un objectif pendant un cours moment. Peu importe la destination, le train est un voyage plus qu'un transport.

Air Trance

Cholet. Rue nationale. Une agence de voyage. Je suis passé devant pendant des années. Plusieurs fois par jour même. C'est seulement en devenant étranger à ma propre ville que je la redécouvre l'été. Et c'est ainsi pour beaucoup de choses; du coup j'ai pensé qu'il faudrait y revenir avec un oeil et un objectif plus attentifs. L'été passe vite et je me contente pour le moment de cette promesse d'envol bien amusante...

jeudi 4 octobre 2007

Tatie Danielle

Elle était seule, emmitouflée dans une parka démodée sous un "bob" hors d'âge. Les pieds mollement posés sur le sol, elle occupait une petite partie de ce banc trop grand pour elle. Un banc qui semblait être apparu avec elle, seul au milieu de la plage de galet. Il y avait du monde pourtant, ailleurs. Sur l'esplanade plus loin, dans les jardins d'enfants et dans la rue commerciale où les vendeurs de glace et de T-shirts fleuris séduisaient les touristes. Elle était loin de toute cette agitation et le ressac de la mer couvrait le tumulte de cet autre monde. son regard ne balayait pas l'horizon, elle fixait juste un point précis, très loin.

Le Tréport

Ces toits d'ardoises qui se pressent contre le flanc des falaises ont fait ressurgir une image de roman ou de film venue de je ne sais où... L'hiver sur le même village, avec des colonnes de fumées qui s'échappent des cheminées, un tapis de neige pour toute nature et des bateaux en bois sortant lentement du port. Un personnage, sur la falaise, regarde avec envie l'horizon...

La baie de somme

Sous les tropiques, il est rare d'avoir les mêmes cieux qu'en Europe. Les nuages et leurs formes, la lumière et son intensité, tout prend un visage bien différent. Plutôt que les flamboyants couchers de soleil exotiques, finalement assez rares et plus souvent occultés par le ciel bas, gris et lourd des saisons des pluies, c'est en Picardie qu'il m'a été donné d'assister à l'un des plus beaux déclins lumineux de ces derniers temps...

Le cimetière chinois

Pleine campagne picarde, au milieu des champs de betteraves à sucre. Un cimetière. Chinois. Ce sont les corps de plus de 1700 indigènes des colonies anglaises, principalement des terrassiers, morts de maladie entre 1914 et 1918. L'armée britannique leur faisait creuser ces fameuses tranchées de la Première guerre mondiale. Aujourd'hui et depuis bien longtemps, le Commonwealth entretient ce petit morceau d'Empire, fleuri et vert.

Noyelles-sur-Mer

Évidemment, après toutes ces considérations sur la Picardie, on pourrait penser que c'est sans appel. Pourtant, à y regarder de plus près, quelques balades champêtres à vélo et une ou deux marches dans le bourg d'un village réveillent une nostalgie assez "vieille France". Des ruelles fleuries, des maisons usées par le temps, un clocher modeste, une petite gare de province, un placard publicitaire oublié par les années 50, un petit vieux sur le seuil de sa porte... Pas de doute, je suis en France; mais une France de carte postale, fantasmée autant par les étrangers que par ceux qui s'éloignent de ce bercail trop longtemps. C'est le dépaysement en territoire conquis.

Au banquet des chasseurs

C'est avec un dédain goguenard, il est vrai, que j'ai abordé la Picardie pour la première fois. Mornes plaines de betteraves à sucre, chasseurs dégénérés et alcooliques faisant insultes à la théorie de l'évolution, industries en friches non loin de maisons délabrées peuplées de chômeurs, bref, un paradis de la beauferie et du kitsch glauque de la France du troisième sous-sol. C'est, certes, quelque peu condescendant, mais il faut reconnaitre que je n'ai pas été contredit partout... Si mon impression globale est plus, aujourd'hui, celle d'une ruralité agréable (et estivale), c'est parce que j'ai séjourné dans la baie de Somme. Mes incursions sur Amiens et sa région m'ont sidéré: n'aurait-on pas mieux fait de laisser ces territoires aux Anglais lorsqu'ils les possédaient? Pourquoi les poilus y ont-ils creusés des tranchées pour défendre un si piètre morceau de France? Sur ces considérations historiques, quelques monuments impressionnent mais l'atmosphère n'y est pas. L'aristocratie de province vomit avec ostentation des demeures cossues sur une pauvreté aux cheveux gras, obèse par la malnutrition et au langage abimé par le manque d'éducation. De l'alcool, beaucoup d'alcool; du tunning et des volants en moumoutes sur les voitures. Il y a les mêmes dans mes contrées d'Anjou et partout ailleurs en France mais, renseignements pris, les statistiques nationaux alarmants mettent bien en évidence la concentration de ce genre de phénomène en Picardie et dans le Nord... De bonnes âmes ont tenté de me démontrer que les chasseurs, cibles privilégiées de mon acrimonie en ces lieux, étaient des amoureux de la nature incompris. Lors de ma première balade à pied dans les forts jolis prés salés, il se trouve qu'un inconscient ministre avait eu l'idée saugrenue de repousser de quelques jours l'ouverture de la chasse... Alors ils étaient là, l'oeil mauvais et le fusil dans les mains, bravant l'interdiction par leur présence, à écumer de banales variations autour du "tous pourris". Le panneau de transport scolaire atteste de leur extrême finesse. Pour être juste, il y a les autres, qu'on ne voit pas. Ils chassent dans des huttes qui se louent une fortune, paient chers leurs droits et prennent soins de ne tuer, forts de leurs connaissances, que les animaux présents en nombre. Effectivement, à entendre ces derniers, ce sont des amoureux de la nature (on peut tout de même en douter quand il est question d'un droit aussi primitif); mais là encore, un fossé social phénoménal existe. Au final, passé l'humour sur ces sujets manqués de la reine d'Angleterre, c'est un constat naïf qui s'impose; dans ces régions nombre de Français sont en marge du développement économique, du bien-être et de l'éducation. J'ai beau l'enseigner avec des tableaux de chiffres... c'est une réalité qui fait toujours aussi mal à l'idéal républicain.

lundi 1 octobre 2007

Retour en France

Retour en France. Retour vers la douceur angevine, ma cité des Trois Provinces, capitale d'un mouchoir de poche rouge sang et d'une Vendée militaire sans gloire. Retour en famille et en enfance.
Retour également... à Paris. Un étonnant séjour de découvertes jubilatoires. Escapades nocturnes à vélo, marches effrénées dans les rues pour échapper au jour et refaire le monde. De nouveaux sons, de nouvelles images, de nouvelles idées... depuis les squats iconoclastes d'artistes branchés jusqu'au zinc rutilant du Bouillon Chartier, de la guinguette des bords du canal de l'Ourcq aux expositions d'art contemporain, des "Chansons d'amour" de l'Albatros aux croissants chauds qui clôturent les nuits blanches...